• Müetter

Publié le par 67-ciné.gi-2006













Müetter comédie dramatique de Dominique Lienhard

avec :
Stanislas Merhar, Sophie Quinton, Aurélien Recoing, Andrée Meyer-Benjamin, Agathe De La Boulaye

durée : 1h42
sortie le 11 janvier 2006

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Synopsis
Stéphane (Stanislas Merhar) biochimiste d’une trentaine d’années, brillant, ambitieux, connaît une carrière fulgurante. Il a une amie et son avenir semble se profi ler sous le signe de la réussite. Lorsqu’il est appelé d’urgence au chevet de sa grand-mère mourante, c’est plus par devoir que par affection qu’il rejoint, dans son Alsace natale, celle que l’on appelle « Müetter ».
Il retrouve dans la maison familiale un cousin, autrefois proche, (Aurélien Recoing) et une voisine attentive et dévouée (Sophie Quinton).
Dans le village de son enfance, peu à peu les souvenirs reviennent et s’imposent à lui l’entraînant vers un dénouement imprévu.

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À propos de Müetter
Dominique Lienhard : « C’est la rencontre du cinéma d’Ozu, et notamment de Voyage à Tokyo, qui m’a fait comprendre ce que de simples histoires, des histoires de famille, pouvaient renfermer d’émotions. »

Le sujet du film est inspiré de l’expérience personnelle de Dominique Lienhard.
Naissance à Strasbourg donc, enfance en Alsace. Il passe brillamment son bac, intègre l’Ecole Centrale de Lyon. Happé par une carrière d’ingénieur à l’étranger et sa passion du cinéma, il ne retournera presque plus en Alsace.
Lors du décès de sa grand-mère, la famille se rassemble. Dominique rejoint l’Alsace pour l’enterrement et se sent alors quelque peu étranger. Son malaise culminera le jour des obsèques, lorsqu’il se retrouve aux côtés de ses cousins qui pleuraient à chaudes larmes leur grand-mère. Dominique, lui, était sec, et eut subitement honte.

D. L. : « On a un peu honte d’avoir oublié tout ce
monde, d’être parti. Et puis aux remords s’ajoute peu à peu un autre sentiment : ce monde s’est très bien accoutumé à notre absence. Qui ne l’a ressenti, cette impression douloureuse, en revenant dans
un lieu d’autrefois, dans sa famille, ce goût amer qui donne envie de crier et laisse sans voix : la sensation d’être inutile. »

Au-delà du
déracinement, Müetter parle des effets de cette prise de conscience, l’impuissance des actes face au poids des années, et vraisemblablement de la culpabilité.
Müetter, c’est l’histoire de Stéphane qui se débat avec son passé, avec sa religion,
avec ses peurs, notamment celle de disparaître et, littéralement, avec son cadre.
Il veut reconquérir la maison de son enfance, ce foyer dont Müetter est le centre, il veut se réconcilier avec son univers originel. Et c’est une voisine dévouée, Marguerite, qui lui montrera le chemin.

D. L. : « J’avais présent à l’esprit, notamment dans le choix du personnage féminin et dans la façon de raconter l’histoire, le choc émotionnel que j’avais ressenti en voyant Ordet de Dreyer. »

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Accéder à la lumière
Jérome Malien :
« Un homme qui se retrouve confronté à son passé ; aux souvenirs qu’il en a ou pas ; à ce qu’il a fait d’un héritage qui lui revient au visage comme une gifle longuement différée ; à la mort d’une proche devenue si lointaine ; à des liens familiaux ou amicaux distendus jusqu’à l’indifférence ou l’hostilité.
Un aller-retour donc, comme tous les récits d’apprentissage quand on a passé, parait-il, l’âge des apprentissages. On a déjà vu ça souvent au cinéma, comme on l’a lu dans des livres nombreux. Ce pourrait être - ça l’est parfois - un gimmick romanesque usé jusqu’à la corde. Tout est dans le ton, dans le la, dans la mélodie ; et celle que fredonne, mezzo voce, le premier long-métrage de Dominique Lienhard, ne ressemble à nulle autre. Un film protestant, dit son réalisateur. Il ne faudrait pas avoir peur du mot. Au détour du plan, une phrase musicale de Jean-Sébastien Bach, la structure triomphante, l’offrande, le canon éternellement montant et descendant. On peut se souvenir aussi de Carl Dreyer, lourde filiation - comme est assez lourde en effet celle qui lie ce si moderne petit-fils à cette archaïque grand-mère. Muetter est un film constamment frémissant, et ce frémissement de quelque manière se mérite. Derrière ces paysages austères jusqu’au farouche, ces volets clos, ces gestes retenus, ces verbes rares, ces murs épais, ces pièces obscures : la lumière d’hiver des matins recommencés.
Accéder à la lumière, on se demande à quoi d’autre devrait servir le cinéma.
»

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L’Alsace
Dominique Lienhard : « Je suis né à Strasbourg et j’ai grandi à Sélestat. Dès
l’écriture du fi lm, je voulais le tourner là, dans la région de mes grands parents. J’aime beaucoup ces collines... »

Omniprésent, le cadre régional est un
personnage du film à part entière. Une maison à colombages du canton de Bouxwiller, dans le nord de l’Alsace, son intérieur boisé et sa stub (pièce centrale des maisons alsaciennes) constituent le lieu principal de l’action.
L’Alsace séduit par la beauté de ses collines, de ses forêts et de ses rivières, restituées dans le film de manière totalement réaliste.
Müetter offre au spectateur les paysages des Vosges du nord à l’état brut.
La vente de pain ambulante sur la place du village, l’église où l’homélie est encore prononcée en langue allemande, la bière et les bretzels pour fêter la victoire de l’équipe de foot de la commune... Müetter filme la tradition locale sans a priori...
Sans oublier
la permanence du dialecte, parmi les anciens surtout, comme en témoignent les quelques dialogues en alsacien.
C’est précisément le fort ancrage régional de l’histoire qui confère à Müetter
une portée universelle. Les sentiments que le film met en scène, le déracinement, l’oubli ne prennent tout leurs sens que par référence au un port d’attache. Dans Müetter, ce sentiment confus de l’exil et du difficile retour aux origines se nourrit des innombrables détails quotidiens de l’alsace natale du héros : un paysage vallonné, une partie de foot au club local, une note d’orgue, un dialecte presque oublié, une recette de cuisine... Autant d’éléments constitutifs de l’identité, qui continuent imperceptiblement à nous habiter, même lorsqu’on est parti loin...
Ainsi l’Alsace
de Müetter devient la matrice universelle des origines, celle qu’on risque d’oublier quand on quitte sa région natale.

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Fiche technique
Réalisation : Dominique Lienhard
Scénario : Dominique
Lienhard
1re assistante réalisation : Lise Leboeuf
Directeur de la photo : Nicolas Loir
Ingénieur son : Patrick Valey
Chef décorateur : Pierre Brayard
Costumes : Isabelle Gasser
Monteuse image : Elise Fievet
Monteur son : Nicolas Provost
Mixage : Melissa Petitjean
Directeur de production : Fabrice Preel-Cleach
Musique originale : Gilles Migliori
Producteur délégué : Pierre-François Bernet pour Butterfly Productions
Co-production : Offshore

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à Yohann et Annie Maurette
logos, textes & photos © www.eurozoom.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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