• L’équilibre de la terreur

Publié le par 67-ciné.gi-2006













L’équilibre de la terreur drame de Jean-Martial Lefranc




avec :
Alexandre Abou-Slaïby, Benoît Basset, Magid Bouali, Ichem Boukrouche, Grégoire Cuvier, Hervé Dabady, Cancel Elcin, Matthew Geczy, Ahcèn Goulmane, Slimane Hadjar, Ashvin-Kumar Joshi, Karim Lagati, Bob Meyer, Antoine Michel, Roger Mirmont, Joel Mitchell, Brian Quinn, Anna Reinhart, Laurent Soffiati et Hichem Yacoubi

durée : 1h40
sortie le 2 août 2006

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Synopsis
Hiver : la banlieue parisienne est une fois de plus la proie des flammes alors que certains jeunes des cités célèbrent le nouvel an en incendiant le plus grand nombre de voitures possible.
Dans un appartement, nous rencontrons un des émeutiers, Amar, et son grand frère, Gérard-Ahmed.
Gérard-Ahmed est rentré récemment d’un camp d’entraînement terroriste. Il semble avoir renoncé à son combat et Amar lui fait brutalement savoir combien il méprise celui qu’il considère désormais comme un lâche.
À des milliers de kilomètres de là, un drone-espion observe l’échange d’un chargement de drogue dans les territoires intermédiaires entre l’Afghanistan et le Pakistan. Après la conquête américaine, le commerce de l’opium a repris de plus belle, assurant une part grandissante du financement du régime en place à Kaboul.
À Mourmansk, en Russie, Nancy Blum, une des responsables du NEST, l’agence fédérale américaine en charge du contrôle du nucléaire militaire, apprend de la bouche d’un de ses collègues russes que le logiciel utilisé par les États-Unis pour inventorier les matériaux fissibles est défectueux. Un stock important d’uranium militaire a pu être perdu sans que les Américains puissent seulement l’identifier.
C’est d’ailleurs le cas : dans la banlieue de Boston, Charlie Parks, professeur du MIT, ex-activiste libertaire des années 60, est en train de révéler à un mystérieux interlocuteur qu’il a pu cacher depuis trente ans plusieurs kilos de matériaux fissibles de qualité militaire. Il souhaite donner une bonne leçon aux extrémistes de la Maison Blanche et propose par conséquent à son interlocuteur de lui vendre l’uranium.
Au même moment à Fort Bragg, une nouvelle équipe d’agents des services spéciaux pakistanais vient de terminer sa formation américaine. Zia est l’élève le plus brillant de l’équipe. Il fraternise avec Mike, un agent du service de choc de la CIA. Mike rêve d’être nommé en poste à l’étranger et Zia, dont le père est un officier haut placé du commandement des forces spéciales de son pays, promet d’intervenir en sa faveur auprès de la hiérarchie américaine.
De retour en région parisienne, Gérard a repris son rôle d’agent islamiste zélé au sein de sa communauté. Nous le retrouvons en compagnie de son mentor, Mahmoud, un opérateur plus âgé. Mahmoud ne tarde pas à être envoyé dans le Nord de la France où il organise avec succès l’attaque d’une banque locale.
Printemps : Mike a été nommé à Karachi comme liaison entre la CIA et les Services Spéciaux Pakistanais.
Ses liens avec le Capitaine Zia se sont renforcés et bientôt son ami l’informe qu’un coup d’état se prépare contre le pouvoir en place à Islamabad.
Que doivent faire les États-Unis ? S’opposer ou suivre le mouvement ? Mike suit les recommandations de son camarade de promotion de Fort Bragg.
À Boston, Charlie Parks livre le coeur d’une bombe à fission à son interlocuteur et nous suivons le voyage qu’effectue ce bloc usiné d’uranium enrichi jusqu’à Hambourg en Allemagne. Là-bas, c’est Mahmoud qui est chargé de le récupérer. Entouré d’une petite équipe de jeunes scientifiques acquis à la Cause, il a pour mission de terminer la fabrication de la bombe et de la livrer sur le site choisi pour l’attentat.
Un nouveau pouvoir est en place à Islamabad. Les États-Unis ont soutenu son avènement en contrepartie d’une prise de contrôle sur l’arsenal nucléaire pakistanais. Nous retrouvons Nancy Blum, chargée d’inventorier les stocks et de les sécuriser.
À Hambourg, l’équipe des jeunes scientifiques rencontre d’énormes difficultés dans l’assemblage de la bombe et les moyens mis à leur disposition se révèlent largement déficients.
Au Moyen-Orient, Nancy Blum découvre que deux ogives opérationnelles sont manquantes du stock déclaré par les autorités militaires. Cette révélation déclenche une course éperdue pour récupérer les armes et un premier engin est rapidement retrouvé lors d’un arraisonnement dans le Canal de Suez.
On découvre la destination du second engin lorsque Gérard, agissant sous les ordres d’un mystérieux commanditaire, poste à Paris une lettre fixant un ultimatum au gouvernement français.
La bombe est dissimulée dans une péniche qui se dirige depuis Rouen vers Paris.
Alarmés par l’ultimatum, les Américains dépêchent Nancy Blum dans la capitale française pour tenter de désamorcer la crise.
Les choses tournent mal à Hambourg. La plupart des membres de l’équipe subissent l’effet pathologique des radiations alors même qu’ils apprennent que Charlie Parks a été arrêté à Boston par les autorités américaines.
Au prix du sacrifice de sa vie, Mahmoud finit par livrer la bombe et la remet à l’équipe chargée de l’acheminer vers sa destination finale.
Il se rend ensuite à la police allemande et leur déclare que sa bombe explosera à Paris, confirmant les craintes que l’ultimatum de Gérard a fait naître.
Nancy Blum décide de concentrer toutes les capacités de détection du NEST sur la capitale française.
Au même moment, quelque part en Afghanistan, un chef terroriste se félicite du succès de l’attaque nucléaire et rend hommage au sacrifice des héros qui ont permis que soit rétabli l’équilibre de la terreur entre l’Orient et l’Occident.
Été : les dés sont jetés et alors que la mécanique de la destruction massive arrive à son point focal à Paris, personne ne semble plus en mesure de l’arrêter.


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Interview du réalisateur Jean-Martial Lefranc
- : « Que raconte votre film, L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR ? »

Jean-Martial Lefranc : « C’est un thriller politique qui raconte comment un réseau terroriste islamiste peut réussir un attentat nucléaire en Europe aujourd’hui. Le film décrit chaque échelon du réseau depuis les chefs occultes au Pakistan jusqu’aux fantassins recrutés dans les banlieues en région parisienne, en passant par les trafiquants de matériaux fissibles en Russie ou aux États-Unis. »

- : « Comment vous est venue l’envie de faire ce film ? »

J-M. L. : « Je voulais réaliser un premier long métrage qui démontre qu’il est possible de faire un film à la fois politique et divertissant comme les films de Costa Gavras dans le contexte fondamentalement différent du cinéma français des années 2000, qui n’a plus rien à voir avec celui des années 70. »

- : « Qu’est-ce qui a changé ? »

J-M. L. : « La première chose qui a changé c’est la conviction qu’il y a un camp qui appartient au bien et un camp qui appartient au mal. Cette notion-là a vécu. Dans L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR, la position de chaque personnage est défendable, terroriste ou agent secret, responsable politique ou scientifique aux idées libertaires, tous ont leur part de vérité et leur part d’ombre. La deuxième chose qui a changé c’est que le cinéma a un peu tendance à interdire de traiter des sujets ouvertement politiques et directement contemporains. Choisir un sujet "chaud", voire "brûlant" comme celui de L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR rend un peu plus difficile le soutien d’une chaîne de télévision en amont. »

- : « Comment ça ? »

J-M. L. : « Certains financiers m’ont déclaré que, selon eux, le simple fait de traiter un tel sujet, c’était déjà faire "le jeu du Front National". Je suis convaincu du contraire. Ce qui renvoie les gens aux extrêmes, c’est l’eau tiède, le politiquement correct. L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR ouvre le débat et le laisse ouvert pour que chacun puisse se faire sa propre opinion sur ce que l’on appelle la guerre contre le terrorisme. Dans ce sens, le film dérange car le film qui décide de transmettre un message doit, pour plaire aux relais médiatiques, être clairement inscrit à gauche. Ce n’est pas le cas ici. Je refuse de diffuser un message humaniste comme je refuse de glorifier la puissance de l’empire du "bien". Dans la mesure où tout ce qui n’est pas de gauche est de "droite", je sais que le film va être durement critiqué. Mais je pense que ce clivage n’existe plus. C’est la technologie et l’accès aux ressources naturelles qui crée un clivage nouveau et qui redéfinit les rapports de force. La technologie libère et les ressources naturelles contraignent. Regardez ce qui est en train de se passer en Iran, c’est le lieu emblématique de ce nouveau paradigme. Enfin, la dernière chose qui a changé depuis l’époque de Z ou d’ ÉTAT DE SIÈGE, c’est l’incroyable souplesse que donnent les moyens numériques pour fabriquer des films. Grâce à eux, L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR est un film d’action, un film d’effets spéciaux, une course poursuite à travers le monde qui peut exister avec une véritable indépendance de financement tout en gardant intact son potentiel de séduction d’un large public. »


- : « C’est aussi pour des raisons de budget que vous avez choisi des acteurs peu connus ? »

J-M. L. : « Non, c’est un pur choix artistique. La plupart des péripéties décrites dans le film sont rigoureusement basées sur la réalité : la disparition de l’uranium militaire américain, la manière dont les Russes ont été les premiers à découvrir des failles dans les systèmes de contrôle aux États-Unis, la façon dont certaines institutions bancaires favorisent le financement des attentats, les liens ambigus entre les services secrets américains et pakistanais, tout cela est une réalité. Pour décrire cette réalité de manière crédible, il fallait des interprètes qui soient vierges de notoriété et qui aient beaucoup de talent. La plupart des acteurs sont des découvertes que le public ne devrait pas oublier de si tôt. »

- : « Et la manière dont est construite la bombe atomique dans le film est aussi fondée sur la réalité ? »

J-M. L. : « La fabrication d’un engin à fission est probablement un peu plus compliquée que ce qui est décrit dans le film. Mais l’idée maîtresse demeure. Le message que je m’efforce de transmettre c’est que la technologie a rendu la guerre obsolète. Aujourd’hui, n’importe qui peut, avec un téléphone portable et un ordinateur, infliger des dommages insupportables à la démocratie. C’est la raison pour laquelle ces démocraties n’ont pas d’autre choix que de rendre les armes traditionnelles. Les moyens efficaces de combattre l’obscurantisme aujourd’hui sont légaux, économiques et culturels. Ce qui se passe en Irak depuis trois ans est en train de prouver cela parfaitement. L’armée américaine subit une défaite militaire face à des moyens technologiques qui se sont démocratisés et rendent inutiles les arsenaux les plus sophistiqués. »

- : « Pensez-vous qu’un attentat nucléaire puisse vraiment avoir lieu ? »

J-M. L. : « Les meilleurs spécialistes considèrent que la probabilité qu’un attentat nucléaire ait lieu dans les cinq ans est de 60%. »

- : « Mais annoncer cela, n’est-ce pas déjà faire le jeu des terroristes ? »

J-M. L. : « Il y aura une catastrophe de ce type. Mais le monde a tellement changé, de manière positive, qu’il ne se traduira sans doute pas par une nouvelle guerre mondiale. Ce avec quoi nous devons apprendre à vivre, ce sont les immenses bénéfices démocratiques que nous confère la technologie et les risques accidentels qu’elle apporte avec elle. Ces changements sont fondamentaux : il y a cinquante ans, un attentat d’une telle ampleur aurait automatiquement conduit à une destruction planétaire. Aujourd’hui la mondialisation culturelle et économique fait que ce risque-là n’existe probablement plus. C’est un progrès décisif. »

- : « Le film est très noir, très pessimiste mais vous, vous semblez optimiste, n’est-ce pas paradoxal ? »

J-M. L. : « Je ne crois pas. Ce qui nous paralyse, c’est ce qui nous fait peur et ce dont nous refusons de parler. Pour moi, le film doit servir d’avertissement aux tenants de l’axe du Bien comme aux fanatiques de l’Islam : regardez où nous mène la mécanique que vous avez enclenchée. C’est le déroulement logique des événements géopolitiques en cours. Maintenant, je pense que si le grand public en prend conscience, nous pouvons faire mentir cette logique qui pour l’instant paraît assez inéluctable. »

- : « Vous faites le portrait de jeunes des banlieues qui acceptent de poser des bombes dans Paris sans sourciller. N’est-ce pas stigmatisant pour toute une partie de cette jeunesse ? »

J-M. L. : « On peut refuser le débat en le tuant dans l’oeuf. Mais personnellement, je crois que la frustration est telle que la tentation de la violence est très grande. Qui n’a jamais eu envie d’aller mettre une bombe et de tout faire sauter ? Moi, souvent, je suis tenté en tout cas. La vraie question c’est le passage à l’acte. On l’a vu lors des attentats à Londres : les poseurs de bombe n’avaient aucune des caractéristiques sociales de ce que certains trouvent habile d’appeler "la racaille". Au contraire, ils étaient intégrés, avaient du travail et étaient respectés de leurs voisins et de leur famille. »

- : « Alors que s’est-il passé ? »

J-M. L. : « Il y a eu un moment où passer à l’acte est devenu la chose évidente à faire. Je crois que ce passage à l’acte, il faut l’empêcher en limitant les raisons qui peuvent le justifier, en renonçant aux actions violentes quand on est une démocratie, par exemple ou en démontrant que ce passage à l’acte ne débouche que sur une impasse comme pour les protagonistes à la fin de L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR. »

- : « Votre film semble plus appartenir à une tradition cinématographique américaine que française, comment expliquez-vous cela ? »

J-M. L. : « Pendant dix ans, j’ai fabriqué des jeux vidéo au sein d’une société qui s’appelait Cryo. Nos jeux étaient diffusés partout dans le monde mais gardaient une touche française toujours identifiable. Cela existe aussi en musique ou en bande-dessinée, on appelle cela la "French Touch". Je pense qu’après la nouvelle vague et la "nouvelle" nouvelle vague, on doit pouvoir fabriquer des films qui ont cette "French Touch", c’est-à-dire des films qui ne soient pas à l’image de ce que les étrangers attendent traditionnellement de la France mais soient plutôt la contribution française à la culture mondiale qui intègre les mangas japonais, la Guerre des Etoiles, Harry Potter et Jim Jarmusch. »


- : « Et Dieu dans tout ça ? »

J-M. L. : « La question de Dieu est posée dans le film. Et pour moi, la réponse est : "Dieu nous emmerde!". Je ne crois pas au choc des civilisations, cela n’a aucun sens: ce à quoi l’homme aspire avant tout, c’est le confort matériel pour lui et sa famille. Les guerres vont à l’encontre de cela et il est frappant de voir que maintenant que le libéralisme a triomphé à peu près partout, on nous invente une nouvelle guerre entre les chrétiens et les musulmans. Ce qui rend la religion mortelle, c’est lorsqu’elle s’aligne avec la politique comme en Iran ou aux États-Unis. Dieu doit disparaître de la scène publique et la religion ne doit plus être qu’une pratique privée et sympathique. C’est le grand défi du XXIème siècle mais il n’y a pas de quoi déclencher des guerres à cause de cela. Je compte d’ailleurs poursuivre la lutte et mon prochain film raconte comment la science va, d’ici vingt à trente ans, nous permettre de devenir physiquement immortels : plus de mort, plus besoin de religion ! »

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Fiche technique
Réalisation : Jean-Martial Lefranc
Scénariste : Jean-Martial Lefranc
Directeur de la photographie : Wilfrid Sempé
Ingénieur du son : Xavier Piroelle
Costumier : Mahémiti Deregnaucourt
Monteur : Isabelle Proust
Mixeur : Laurent Chassaigne
Premier assistant réalisateur : Sébastien Achard
Effets spéciaux numériques : Game Consulting
Production : Les Aventuriers de l’Image, Financière de Loisirs
Producteurs : Jean-François Geneix, Jean Martial Lefranc
Co-producteur : Didier Brunner, Les Armateurs
Distributeur : Distributeur Bac Films
Ventes internationales : Bac Films International

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements
à Didier Deswarte, Mathieu Piazza et Mounia Wissinger
logos, textes & photos © www.bacfilms.com

Publié dans PRÉSENTATIONS

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