• Mon âme, mon âme (Janem, Janem)

Publié le par 67-ciné.gi-2006













Mon âme, mon âme (Janem, Janem) drame de Haïm Bouzaglo




avec :
Danny Rytenberg, Avital Dicker, Reymonde Amsallem, Amos Lavi, Haim Zenati, Dor Zweigenbom, Galina Oazerner et Hayati Kaffe


durée : 1h44
sortie le 1er novembre 2006

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Synopsis
En pleine crise de la quarantaine, Eldi, professeur d'histoire, trouve de moins en moins de sens à sa vie. Sur les conseils de sa femme, il accepte de partir en voyage afin de se changer les idées. Mais au moment de prendre l'avion pour Paris, il décide de rebrousser chemin…
Se faisant engager sur un chantier de Tel-Aviv, parmi un groupe d'ouvriers clandestins, Eldi entame alors un nouveau périple, incognito dans son propre pays…


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Entretien avec Haïm Bouzaglo
- : « Comment l'idée du film est-elle née ? »

Haïm Bouzaglo : « En 1988, j'ai réalisé Mariage blanc qui racontait la même histoire, mais à l'époque, les travailleurs clandestins étaient des Arabes. Je pense qu'il faut refaire ce film tous les quinze ans pour témoigner de l'évolution de la situation. Aujourd'hui, les ouvriers viennent de Turquie ou de Roumanie et sont entassés à la gare routière où ils vivent dans des conditions déplorables. »

- : « Eldi, le protagoniste, a besoin de se sentir comme un étranger dans son propre pays pour exister à nouveau… »

H. B. : « C'est une thématique qui m'intéresse beaucoup. Je crois que c'est seulement lorsqu'on se met à la place de l'autre qu'on le comprend. C'est particulièrement vrai en Israël, où on ne peut pas comprendre les enjeux de ce pays si on ne se met pas dans la peau d'un Israélien, qu'il soit Juif ou Arabe. »

- : « Eldi est un personnage en crise. »

H. B. : « Oui, il traverse une grave crise existentielle : non seulement ses rapports de couple sont au plus mal, mais il n'arrive plus à enseigner l'histoire à ses étudiants car il a le sentiment que l'histoire est en train de s'écrire sous ses yeux et qu'il manque de recul par rapport aux événements. »

- : « On a le sentiment qu'Eldi a besoin de mettre sa propre vie à distance. »

H. B. : « Tout à fait. Cela me fait penser à un passage de "L'Etranger" d'Albert Camus où un homme observe un défilé militaire à travers la fenêtre : il aperçoit alors quelqu'un parmi les soldats qui n'est autre que lui-même… Camus explique qu'il faut être à la fois dans le défilé et à la fenêtre en situation d'observateur pour avoir une autre perception des événements. En Israël, sortir de nous-mêmes est devenu une nécessité pour comprendre la réalité complexe dans laquelle nous vivons. »


- : « Dans les scènes de l'aéroport, le climat de soupçon et la surveillance rapprochée des voyageurs font naître un sentiment d'aliénation… »

H. B. : « On vit actuellement dans une atmosphère de suspicion généralisée : les caméras de surveillance se multiplient, les contrôles deviennent systématiques et on a tendance à la paranoïa. Du coup, les entreprises de surveillance prospèrent, comme on le voit d'ailleurs dans Distorsion »

- : « L'aliénation semble d'ailleurs être un thème central dans vos films. »

H. B. : « Oui, et c'est lié à l'histoire même d'Israël. J'ai voulu adopter le point de vue d'un Israélien qui se demande s'il a droit à une vie normale. Quand on vit dans un pays né de la Shoah, et qui subit un traumatisme tous les deux ou trois ans, comme une guerre ou un attentat, cette question majeure se pose : peut-on rester normal ? La réponse est non. D'où un fort sentiment d'aliénation chez beaucoup d'habitants de ce pays. C'est aussi pour cela qu'Eldi s'extrait de son monde et redécouvre chez les clandestins des sentiments qui n'existent plus chez lui, comme l'entraide et la générosité. Il y a finalement davantage de normalité chez ces sans-papiers que chez les Israéliens qui, eux, ont des papiers ! »

- : « Quel est le regard de la société israélienne sur le phénomène des travailleurs sans-papiers ? »

H. B. : « Contrairement à ce que pensent les gens à l’étranger, la situation est la même en Israël que dans le reste du monde : les clandestins font le travail que les Israéliens ne veulent pas faire, mais ces derniers préfèrent se cacher la réalité et prétendre qu'ils n'existent pas. Le propos du film, justement, est de les rendre visibles. D'ailleurs, plusieurs clandestins sont régulièrement tués dans des attentats : leur sort est lié à celui de ce pays. »

- : « Deux plans - dont le plan final - sur le drapeau israélien en lambeaux sont assez terribles. »

H. B. : « Quand on a trouvé ce drapeau déchiré, tel quel, à la gare routière, il nous est apparu comme le symbole d'un sentiment de honte. Pour moi, il incarne en effet une critique sévère de notre société qui ne traite pas les travailleurs immigrés comme des êtres humains. C'était si frappant que je ne pouvais pas ne pas le filmer… »

- : « Comment avez-vous abordé la mise en scène ? »

H. B. : « On a choisi de raconter l'histoire du film par des plans rapprochés sur les visages, plutôt que d'avoir recours aux plans d'ensemble. Cela offrait une diversité de points de vue et une densité de narration inhabituelle. On a également travaillé les couleurs en privilégiant des tons chauds chez les travailleurs clandestins, où domine la générosité, et des tons plus froids chez Eldi, où la communication est quasi inexistante. »


- : « Parlez-moi du montage. »

H. B. : « Pour moi, le montage fait partie intégrante de la mise en scène. La rapidité dans l'enchaînement des plans contribue à l'intensité du film, et crée un sentiment d'anxiété et de nervosité. »

- : « Quelle est l'inspiration de la musique ? »

H. B. : « J'ai souhaité une musique proche des films de Kusturica comme pour évoquer l'origine des travailleurs immigrés : ce sont des rythmes nostalgiques qui nous renvoient à la musique de la région des Balkans. »

- : « Comment choisissez-vous vos comédiens ? »

H. B. : « La centaine de comédiens avec qui je travaille - pour le cinéma ou la télévision - font partie d'une troupe qui s'est constituée au fil des années. Pour les films de la trilogie - Janem, Janem, Distorsion et Côte à côte -, j'avais envie d'instaurer un jeu avec le spectateur en utilisant les mêmes comédiens pour interpréter des personnages différents. »

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Fiche technique
Scénario original : Haïm Bouzaglo
Adaptation & Dialogues : Haïm Bouzaglo, Lisa Mamou et Sarah Romano
Directeur de la photographie : Yoram Millo
Décorateur : Arie Weiss
Costumière : Rona Doron
Son : Tully Chen, Dominique Vieillard et Gil Toren
Montage : Michal Cohen
Montage : France Jean Dubreuil
Musique originale : Shushan, Stéphane Zidi © Editions HB Productions-Mazel Productions “Janem Janem”
Musique : Shushan
Paroles : Shushan et Hayati Kaffe
avec la participation du : Groupe LTC - Scanlab
avec la participation du : Centre National de la Cinématographie
Producteurs : H. B. Productions Haïm Bouzaglo, Yoram Millo, Amir Gedalia et Mazel Productions Nelly Kafsky
en collaboration avec : Lisa Benchikh-Pellier
Producteur exécutif : Zehava (Shekel) Lahav

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Fleur Delourme
logos, textes & photos © www.sddistribution.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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