• Le héros de la famille

Publié le par 67-ciné.gi-2006













Le héros de la famille comédie dramatique de Thierry Klifa







avec :
Gérard Lanvin, Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart, Miou-Miou, Géraldine Pailhas, Michaël Cohen, Claude Brasseur, Valérie Lemercier, Pierrick Lilliu, Gilles Lellouche, Claire Maurier, Pierre Perrier, Lorenzo Balducci, Grégoire Oestermann, Éléonore Gosset, Jean-Noël Brouté et Évelyne Buyle


durée : 1h43
sortie le 20 décembre 2006

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Synopsis
À Nice, de nos jours, le temps d’un héritage dont l’enjeu est le Perroquet bleu, un cabaret aux nuits magiques, les membres d’une famille éclatée se retrouvent malgré eux.
C’est l’heure des explications, des règlements de compte, des aveux, des alliances insolites, des tiroirs secrets que l’on ouvre sans savoir qu’on va y trouver un peu de son histoire...
Dans cet univers, glamour et mystérieux, d’apparences et de portes dérobées, où il est parfois plus facile de s’inventer un personnage que d’assumer ce que l’on est, connaît-on vraiment ses parents, ses anciens amours, ses enfants, ses amis ?


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Entretien avec Thierry Klifa
- : « Quel a été le point de départ du Héros de la famille ? Les personnages ou l’univers de la nuit et des cabarets ? »

Thierry Klifa : « Un peu les deux à la fois. Il y avait d’abord l’envie de raconter l’histoire d’un père avec ses deux enfants qui seraient nés quasiment en même temps mais pas de la même mère et ne l’auraient appris que bien plus tard. Et puis, il y avait aussi le désir de se retrouver dans un univers un peu marginal, plutôt bohème, lié d’une manière ou d’une autre au monde du spectacle et de la nuit. Tout de suite, j’ai su que cet homme serait un magicien. Pourquoi ? Je ne sais pas bien. J’avais été à un goûter d’enfants où il y avait un magicien qui avait attiré mon attention. Je me demandais quelle était sa vie, comment il la voyait, quels étaient ses rêves... Il suscitait un fantasme tellement évident dans le regard des enfants que ça m’avait intrigué. Je voulais un personnage qui soit une sorte de prince sans royaume. Quelqu’un qui avait toutes les qualités - séduisant, beau parleur, hâbleur - qui avait connu son heure de gloire, grâce notamment à une émission de magie à la télé, mais se retrouvait à un moment charnière de son existence comme un roi déchu, à cause de l’âge, du temps qui passe, du passé qui lui revenait en pleine fi gure... C’est comme ça qu’est né le personnage de Nicky [Gérard Lanvin]. Alors, avec Christopher [Thompson], on s’est beaucoup documentés. Nous avons lu des tas de livres sur les magiciens - de Robert-Houdin à Garcimore, en passant par Gérard Majax et Pierre Brahma. On a cherché tout ce que l’on pouvait trouver sur le Crazy Horse, Michou, la Grande Eugène, Jean-Marie Rivière... Nous avons rencontré des acteurs du monde de la nuit, certains survivants de la grande époque des années 60 et 70, des chanteuses qui galèrent, de thé dansant en boîte de nuit. Tout ça a nourri le scénario, nous a donné des idées de personnages - comme celui de Gabriel /Gabrielle [que joue Claude Brasseur], ancien travesti dont on a fait le parrain de l’un des enfants et... la marraine de l’autre. [Rires.] Et ça nous a permis de construire la toile de fond du film, d’inventer ce cabaret, le Perroquet bleu, où se déroule l’essentiel de notre histoire. »

- : « L’histoire, justement, ce pourrait être Familles, je vous aime... malgré tout ! »

T. K. : « Sans doute - même si, comme Gabriel, je crois plus en la famille de coeur qu’en la famille de sang. C’est en effet un film sur la transmission et l’héritage, les secrets de famille et l’appartenance malgré soi, à un milieu social et culturel... Je suis parti d’une phrase que j’avais en tête et que je voulais que le fils dise à son père : J’ai perdu tellement de temps à essayer de ne pas te ressembler. En effet, que fait-on de la vie de ses parents, de leurs racines, de leur passé affectif, de leur sexualité, de leurs réussites et de leurs échecs ? Et qu’est-ce que les parents font de la vie de leurs enfants ? Marianne [Géraldine Pailhas] et Nino [Michaël Cohen] ont ainsi tout fait pour se créer leur propre espace vital loin - géographiquement, professionnellement et affectivement - de leur famille. Mais c’était compter sans le destin qui va les confronter à tout ce qu’ils cherchaient à fuir... »

- : « Avez-vous écrit, Christopher Thompson et vous, le scénario avec des actrices et des acteurs précis en tête ? »

T. K. : « Oui, mais on ne le leur a pas dit ! Sauf à Michaël [Cohen] et à Géraldine [Pailhas], à qui l’on a dit qu’on allait leur écrire les rôles d’un frère et d’une soeur. C’est une évidence qui m’a sauté aux yeux un jour en voyant sur une colonne Morris une photo d’Une vie à t’attendre où ils étaient côte-à-côte et où ils regardaient dans la même direction. D’autres - Catherine Deneuve, Gérard Lanvin, Miou-Miou, Emmanuelle Béart, Valérie Lemercier, etc. - nous ont inspirés à l’écriture. Leurs personnalités aussi bien que leurs rôles ont nourri leurs personnages, sans même que l’on sache s’ils joueraient dans le film. On ne leur en a parlé que lorsque le scénario a été terminé et qu’on le leur a fait lire. En tout cas, ce qui, avec Christopher, nous a donné une très grande liberté, c’est d’écrire ce scénario avant de trouver un producteur. On voulait s’embarquer dans ce projet sans s’imposer de contrainte, sans avoir de comptes à rendre pendant l’écriture, afin de ne pas se brider, de ne pas avoir peur de nos audaces et de nos fantaisies. De la même manière, nous nous sommes inspirés et servis de nombreuses chansons - de Line Renaud à Queen en passant par Burt Bacharach, Tony Bennett, et celles de The Rose, que l’on a demandé à Carla Bruni d’adapter en français, et de Maria’s Lovers - sans même savoir si l’on aurait les droits. On ne voulait rien s’interdire. Cela a été plus d’un an d’écriture, ça a été long, parfois dur. C’était pourtant jubilatoire d’avancer comme ça, libres. Heureusement, le premier producteur à qui l’on a fait lire le scénario, Saïd Ben Saïd, de Ugc, que m’avait présenté Cécile Felsenberg mon agent, l’a aimé. Il a décidé avec enthousiasme et sans restriction de se lancer dans l’aventure. »


- : « Qu’est-ce qui était le plus difficile à accomplir pour vous au moment de l’écriture ? »

T. K. : « De ne pas raconter cette histoire au passé, de la rendre contemporaine, quotidienne. Même si l’univers du cabaret est un peu nostalgique, il fallait que les thèmes que l’on aborde à travers les personnages soient des thèmes d’aujourd’hui et parlent à des gens de notre génération. Nous avons été rassurés le jour où l’on s’est dit qu’on allait découvrir le cabaret à travers les yeux de Nino et Marianne, de Michaël et Géraldine, les deux trentenaires de cette histoire. Leur point de vue allait donc être le point de vue du public. C’était la meilleure piste pour que cette histoire ait sa part de modernité. Ça nous permettait, en effet, d’avoir un double regard : on se laissait prendre par le côté merveilleux des numéros de cabaret, des chansons, des numéros de magie, et en même temps, on montrait aussi le côté dérisoire, limite ringard de cet univers - en tout cas aux yeux de cette rédactrice en chef d’un journal de savoir-vivre et de bien-être, et de cet expert comptable ! »

- : « En quoi, votre complicité avec Christopher Thompson a-t-elle évolué depuis Une vie à t’attendre ? »

T. K. : « Elle évolue sans cesse comme notre relation dans la vie. Avec Christopher, on se connaît depuis quinze ans. Avant d’écrire ensemble, nous étions déjà très amis. Ce qui est assez amusant aujourd’hui, c’est qu’à travers nos séances d’écriture, on se raconte des choses que l’on ne se raconterait peut-être pas au quotidien, question de pudeur sans doute. On arrive ainsi à lever le voile sur des choses assez secrètes de l’un ou de l’autre. J’ai le sentiment que cette complicité qui était très forte dans la vie et qui, donc, s’est trouvée renforcée dans l’écriture, nous a permis d’être encore plus proches dans la vie. Je pense que l’on est beaucoup plus réservé quand on écrit seul. Écrire à deux, c’est une manière de tester les choses, de se pousser l’un l’autre dans nos retranchements, d’aller plus loin. »

- : « Comment ont réagi les acteurs lorsque vous leur avez fait lire le scénario ? »

T. K. : « Notre grand bonheur a été que ceux auxquels on avait pensé - Catherine Deneuve, Gérard Lanvin, Miou-Miou, Emmanuelle Béart, Valérie Lemercier, Géraldine Pailhas, Michaël Cohen - acceptent ; certains, d’ailleurs, moins pour la grandeur de leur rôle que pour être de cette aventure collective. Et pour le reste du casting, on a mélangé les familles d’acteurs et les histoires de cinéma, de la même manière que dans l’écriture on avait cherché à mélanger les tons et les genres. Claire Maurier, l’actrice de Truffaut et de Sautet, a ainsi rejoint Pierrick Lilliu, le finaliste de La nouvelle star, qui fait des débuts plus que prometteurs au cinéma, Pierre Perrier [révélé par Douches froides], Gilles Lellouche... En fait, le rôle le plus difficile à distribuer était celui de Gabriel/Gabrielle : il fallait trouver un acteur de 70 ans qui soit crédible en femme et qui assume cette dualité. Claude Brasseur a relevé le défi avec excitation. »


- : « Vous n’aviez pas le trac, pour votre deuxième long métrage, de vous retrouver à la tête d’un tel casting ? »

T. K. : « Le trac, on peut l’avoir un peu pendant la préparation, mais une fois que le tournage a commencé, on ne peut plus se le permettre. En plus, sur le rapport avec les acteurs, mon court métrage, Emilie est partie [avec Danielle Darrieux, Sandrine Kiberlain et Michaël Cohen], et Une vie à t’attendre m’avaient rassuré. Grâce, sans doute, à mon expérience à Studio, je ne me suis jamais fié aux réputations ; je n’ai jamais pris pour une vérité ce que l’on pouvait raconter sur les uns et sur les autres. Un acteur qui fait un caprice, qui est en retard, c’est qu’il est malheureux, qu’il a peur, qu’il se sent incompris. Sur Le héros de la famille, ils avaient tous cette volonté complice de s’amuser, de me rendre heureux. Je ne dis pas que tout a été facile - c’est parfois dur de trouver la vérité d’un personnage -, mais aucun n’arrivait le matin en faisant la gueule. Au contraire. Je n’aime pas travailler dans le conflit, j’ai besoin, pour être au mieux de mes possibilités, de créer un esprit de groupe. On était nombreux à se connaître déjà très bien. Cela a facilité les choses. Sur le tournage, dès les premiers jours, c’était comme une bande, comme une famille. Mais une famille ouverte qu’ont rejoint sans problème tous ceux qui travaillaient avec moi pour la première fois. Tout le monde allait dans le même sens. Personne ne se sentait en danger ni par rapport à moi, ni les uns par rapport aux autres. Et ce sentiment s’est renforcé lorsque l’on s’est retrouvés à Nice en extérieurs. Nous regardions les rushs en groupe, à la cantine tout le monde déjeunait ensemble ; c’était fréquent que certains acteurs passent sur le plateau même quand ils ne tournaient pas. Le soir, on se retrouvait pour de grandes tablées, on riait beaucoup, il y avait même parfois un côté colonie de vacances ! Bien sûr, il y avait un risque à réunir tant de fortes personnalités, mais pas plus que lorsque l’on fait un dîner chez soi et que l’on invite des gens qui ne se connaissent pas très bien, voire pas du tout. Et d’ailleurs, comme celui qui reçoit, le metteur en scène est toujours responsable de l’ambiance qui s’installe sur un tournage et des rapports qui se nouent entre les uns et les autres. Non, franchement, ce n’est pas ça qui m’effrayait - d’autant que j’ai vite senti que leur talent, leur implication, leur attention, leur plaisir dépassaient largement ce que j’avais espéré dans mes rêves les plus fous. Ce qui me faisait plus peur, c’était de ne pas être à la hauteur de mes ambitions, de ce à quoi l’on avait rêvé, avec Christopher, pendant l’écriture. »

- : « Que vous définiriez comment ? »

T. K. : « Nous voulions faire une comédie glamour et mystérieuse. Dès l’écriture, je savais que je voulais lui donner de l’ampleur, que je voulais tourner en vrai Scope. Si nous avions en tête les comédies américaines des années 50 - pour leur vivacité, leur audace, leur côté bigger than life - nous rêvions aussi d’un film résolument moderne, où les actrices seraient belles, où les acteurs seraient beaux, où il y aurait un vrai travail sur les costumes, sur les décors, sur la lumière, où le quotidien serait stylisé, où l’on n’aurait pas peur des situations excessives, colorées et ambiguës, où l’on pourrait être sentimental, sans pour autant basculer dans la sensiblerie, où les chansons et la musique joueraient un rôle emblématique... Nous voulions faire un film gai, joyeux, avec des airs nostalgiques et des feux d’artifice, avec des actrices qui chantent, où la confusion des sentiments s’exprimerait aussi par la confusion des genres - y compris cinématographiques : comédie, drame, musical... J’ai vraiment été aidé par tous les gens qui ont travaillé sur le film : nos coaches en magie [David Jarre], en chansons [David Levi] et en chorégraphie [Christian Dura], et, bien sûr, le chef opérateur [Pierre Aïm], la costumière [Catherine Leterrier], le décorateur [François Emmanuelli], le compositeur [David Moreau]... Tout le monde a compris le film que nous voulions faire et tout le monde a fait le même film. »


- : « Y a-t-il une scène que vous appréhendiez tout particulièrement ? »

T. K. : « Plein ! Il y avait de nombreux défi s nouveaux pour moi, très différents de ceux auxquels j’avais été confronté sur Une vie à t’attendre. Ça allait des scènes de comédie pure jusqu’aux numéros de magie et aux numéros musicaux, en passant par les scènes avec de nombreux personnages. C’était à la fois intimidant et excitant. »

- : « Le héros de la famille est un film sur la réconciliation - avec soi-même d’abord, mais aussi avec les autres. Ce pourrait d’ailleurs être le point commun entre Emilie est partie, votre court métrage, Une vie à t’attendre et Le héros de la famille... »

T. K. : « Ce que Gabriel/Gabrielle [Brasseur] n’a pas réussi de son vivant, trop occupé à défendre son mystère, à les tenir tous à distance pour mieux régner sur eux et mieux les manipuler, croyant par la même occasion protéger cette famille qu’il s’était créée, il va chercher à le réussir par sa mort. Ça ne veut pas dire qu’ils vont forcément tous bien s’entendre, mais, en tout cas, ils ne sont plus les mêmes, ils ont changé. Une page s’est tournée. Ils partent vers autre chose, vers une autre vie... En effet, ce pourrait être le point commun de mes trois films. Dans chacun d’eux, il y a d’abord un point de rupture, puis, après cette rupture, une tentative, une volonté de réconciliation. Je crois juste que Le héros de la famille ressemble vraiment à ce que je suis aujourd’hui. Cela a d’ailleurs été très révélateur pour moi de l’écrire et de le tourner. Peut-être même que ça m’a fait progresser en tant que personne. »


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Fiche technique
Mise en scène : Thierry Klifa
Scénario : Christopher Thompson et Thierry Klifa
Dialogues : Christopher Thompson
Musique : David Moreau
Directeur de la photographie : Pierre Aïm Afc
Chef monteur : Luc Barnier
Chef décorateur : François Emmanuelli
Créatrice des costumes : Catherine Leterrier
Chef opérateur son : Pierre Lenoir
Montage son : Franck Desmoulins et Roman Dymny
Mixage : Nicolas Naegelen
Premier assistant mise en scène : Olivier Jacquet
Scripte : Claudine Taulère
Casting : Stéphane Gaillard
Directeur de post-production : Abraham Goldblat
Photographe de plateau : Luc Roux
Créateur de la revue le Perroquet Bleu :
Assistante Christian Dura : Ruth Perry
Conseiller magie : David Jarre
Producteur : Saïd Ben Saïd
Directeur de production : Frédéric Blum
Ventes internationales : Ugc International
Editions vidéo : Ugc Vidéo
Une production : Sbs Films
Une coproduction : franco-italienne © Sbs Films - Edelweiss Srl - France 2 Cinéma
Avec la participation de : Canal+ et de Tps Star
Avec le soutien de : la Procirep et Angoa-Agicoa, de la Région Provence Alpes Côte d’Azur et du programme Media Plus de la Communauté Européenne
En association avec : la Sofica Ugc 1 et la Sofica Soficinéma

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de UGC distribution


remerciements à Séverine Garrido et Emmanuel Leroux
logos, textes & photos © www.ugcdistribution.fr
photos © Luc Roux

Publié dans PRÉSENTATIONS

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